Léger travers.
Je n'aurai jamais cru pouvoir en arriver là.
C'est vrai, j'étais prometteur.
Certains naissent albinos, d'autres dépressifs, moi j'étais prometteur. Un sourire trop blanc, un caractère trop optimiste, des amis trop gentils. Je faisais le bonheur sur mon chemin, celui de mes parents surtout ; ramener des résultats dignes d'un prix nobel sans vraiment travailler, cela s'annonçait bien, j'avais tout pour réussir. J'étais ambitieux, aussi, oui, adolescent et déjà les dents longues. Chemin tout tracé, Sciences-Po-ENA-Nymphos-Vodka, j'allais pénétrer les médias et tout un tas de jolies donzelles, a peine majeur sexuellement et je remplissais déjà mes stocks de capotes.
Je ne saurais sans doute même pas vous expliquer pourquoi je suis ici. A qui attribuer la faute ? A cette fille, peut-être, si l'on peut appeler ça comme ça, cette sirène, Satanas et Gabriel à la fois, sous des airs de Brigitte Bardo, c'était tellement drôlatique de me faire surprendre par une personne de la sorte.
Je souriais tellement blanc que mes zygomatiques ont lâchés, un caractère tellement optimiste que j'envisageais la déchéance de manière parfaitement enjouée, des amis tellement gentils qu'ils m'aidaient volontiers dans cette course vers le néant.
Aujourd'hui, je fais le constat sans même une once de regret, de faiblesse.
Je passe pour fou aux yeux des gens ; tout seul dans ma chambre de motel, dans l'obscurité même en plein jour. Regarder sans être vu, mais surtout, le noir en cocon. Ma seule façon de m'en sortir : m'identifier à Meursault, l'Etranger, d'Albert Camus. Seul objectif : atteindre sa nonchalance, son absolu incroyable, regarder la mort comme un événement de plus, qui, en mettant un terme à ma vie éphémère, ne bouleversera pas tant l'ordre des choses, ces choses vraies, l'atome et l'univers, la force gravitationnelle, tout ça continuera à vivre sans moi, me survivra.
Mon cas n'est pas exceptionnel, je ne demande pas la pitié ni la solidarité, retenons simplement mon cas comme un exemple ; un exemple de la vanité de l'homme, qu'il est possible de se désagréger en souriant, possible de dominer le monde en dépression.
Laissez vos yeux se poser un instant sur ce coin d'ombre, laissez le s'habituer à l'obscurité, et, croyez-moi, voyez-moi et vous y verrez plus clair.
Photo : Léa
Texte : Florentin <= Merci, pour ce petit bout de toi ici ! =)
Par photopathes, Vendredi 21 Septembre 2007 à 15:23 GMT+2 dans Invités (article, RSS)



