Rien que des mots.
"... loi sur l'immigration. Deux morts dans un attentat à la bombe en plein centre de Bagdad. Sans transition, un reportage de Gérard Magot sue le festival de..." J'éteignis la radio, du bout du doigt. Il était tard et je n'avais pas sommeil. J'ouvris la fenêtre et fumais une cigarette. Un vieil air de Neil Young me parvenait depuis l'immeuble d'à côté.
Jusqu'à présent, comme dans un livre de Marc Lévy, la vie m'avait toujours fait des cadeaux, comme on dit. J'étais plutôt beau, j'avais un bon boulot, mes parents me payaient un appart', j'avais de bons potes avec qui je déconnais pas mal et je séduisais facilement toutes les femmes sexys et aguichantes que je croisais au détour de soirées huppées. J'avais cette sorte de charme, cette aisance, cette élégance qui attirait ces demoiselles. En bref, je travaillais sagement durant toute la semaine, et le samedi soir, je ramenais une charmante donzelle et mon ivresse dans mon lit. C'était plutôt agréable.
Mais -car il y a un mais- samedi dernier, j'avais passé ma soirée chez une amie de V., dans une banlieue quelconque. C'était assez rare pour moi, qui avait l'habitude de veiller dans Paris, et pas celle de tous ces banlieusards d'avoir à surveiller l'heure pour ne pas louper le dernier métro qui me ramenerait au coeur de la capitale. Je n'étais pas très motivé pour y aller, mais j'avais passé une semaine harrassante au boulot et j'avais besoin de me détendre. J'y allais, donc.
L'ambiance était sympa, mais je connaissais toutes les jeunes filles présentes, et, pour tout dire, aucune ne me plaisait. Plus tard dans la soirée, vers 22 heures, une amie de la demoiselle chez qui nous nous trouvions arriva. J'ai tout de suite vu qu'elle avait quelquechose de particulier, de différent. Je me renseignais donc auprès de notre "hôtesse" qui me dit qu'il s'agissait d'une amie du lycée de banlieue qu'elle avait fréquenté quelques années plus tôt. Je ne pûs entendre son prénom, car V. beuglait comme un veau. [dire qu'il n'était QUE 22 heures. Enfin. Revenons à nos moutons...] Je me décidai à l'aborder. Elle était vraiment différente. Peut-être était-ce dû au fait que je n'avais pas l'habitude de cotoyer des filles de ce milieu-ci. Je ne sais pas. Mais c'était le genre de fille qui, quand elle te parle, te regarde au fond des yeux, et dont le regard est parfaitement impossible à soutenir. Elle avait de longs cheveux bouclés, de ces boucles irrégulières qui donne un air si étrange au visage qu'elles encadrent, et une bouche aux contours bien dessinés. Elle n'était pas vraiment belle mais elle avait un charme incomparable à celui d'une M. ou d'une C. que j'avais eu le loisir de contempler de plus près chez moi, une ou deux semaines plus tôt. Nous parlions de tout. Et de rien.
Sur bien des sujets, tels que la politique, la religion etc., elle avait un avis bien tranché. Mais elle m'écoutait. Elle se révoltait aussi contre mes idées. Cela m'était étranger, désagréable, surprenant. Elle me résistait. Je ne comprenais pas. Je n'en avais pas l'habitude. Cela que perturbait. M'attirait.
Je suis rentré chez moi tout seul, ce soir-là. Je pense à elle, souvent. Elle dont même le prénom m'est inconnu. J'aimerai la revoir. Je ne sais pas. Plus. Je crois bien que je serais prêt à changer mes opinions, à renoncer à mon caractère, comme elle le dit de "fils à papa"... Pourtant, V. et les autres essayent de me raisonner. Je ne ferais alors plus partie de cette "élite".
Est-ce possible d'échapper à son monde, à son destin, à cette étreinte si douce et facile ? Je ne sais pas. Encore une fois.
Elle.
Gravement vôtre, Léa
Par photopathes, Lundi 24 Septembre 2007 à 21:44 GMT+2 dans autres (article, RSS)



