photopathes

La fin aurait pu être le début.*

 

    Adrien. Je m'appelle Adrien. J'ai toujours détesté mon prénom. Alors non. Je ne m'appelle pas Adrien. Je m'appelle Matthieu. Matthieu ; ou bien Augustin. Oui, c'est ça, Augustin.

 

   Je m'appelle Augustin, et je ne crois pas au mépris. De toutes façons, le mépris envers moi n'existe pas : les 'autres' (ceux que j'appelle les autres) ne me voient pas. Augustin, ça a toujours été ce grand type dégingandé qui paraît en permanence ailleurs. Celui qui n'écoute pas de musique. Oui, je vis dans le silence ; un faux silence. Un vide qui fait semblant de l'être. Oui, parce que du bruit, de la musique, des marées de notes, des mots qui courent, j'en ai dans ma tête. Les mélodies nerveuses ou envoûtantes se déversent sur mon corps, glissent sur mes épaules et poursuivent leur course interminable sur mes lèvres. Mais ces sonorités complexes restent au bord de ma bouche, tandis que les 'autres' m'adressent la parole et vite, très vite, comme toujours, abandonnent devant mon silence lancinant.

   Je n'entends pas, je ne vis pas ce qui m'entoure. Ce tout, luisant de l'immensité de mon néant, il est à l'intérieur, dans moi. Il m'emplit, hurle et tonitrue dans ma poitrine quand je me trouve seul dans le silence, le vrai, celui des 'autres'. C'est une sombre déchirure, un cri, une ombre à la fois effrayante et jouissive qui me traverse le ventre. Sensation enivrante, presque physique. Mais non. Jamais au dehors, jamais hors de mon corps, cette cage, pesante, criminelle. Un enchevêtrement de tout ce bruit intérieur, comme bloqué au plus profond de moi, qui ne vit pas. Alors, parfois, les mots, débris de mon bruit, m'aident à sortir de ce silence, pour aller vers un espoir lointain, incertain. Loin, si loin de moi, cette lueur d'une vie emplie de chants et de vacarmes, tumultes à coeurs ouverts. Si loin.

    Crier à l'intérieur de soi, sans cesse. Mais si, rien qu'un soupir venait à sortir de ma bouche si souvent entr'ouverte, entr'ouverte à ce flot de vie qui m'échappe, alors mon esprit enfin libéré de cette chappe noire et oppressante pourrait enfin courir et parcourir le chemin qui lui a été si longtemps interdit. Silence. Respiration. Silence. Silence. Mais non ; là ; vous ne le voyez pas, là, à l'intérieur, mon bruit, fort, puissant et ravageur. Non, décidément non ; vous ne l'entendez pas, non plus. Vous ne percevez que cet être, ni vraiment enfant, ni vraiment homme, qui va, vient, devant vous. Ce garçon que vous n'osez regarder, vous ne pouvez comprendre que le geste-même de va-et-vient qu'empruntent ses pas n'est qu'un simple extrait de la tempête qui agite son esprit. Non, vous ne pouvez imaginer, ce serait-ce qu'une seconde, que ce mouvement étrange, ce corps qui ne semble vivre qu'à peine, tient enfermé au plus profond de lui, serré, le plus grand vacarme, le plus grand désordre de souffles, parmi ceux que vous, qui vibrez, vivez, laissez exploser chaque jour par dizaines.

   Je ne demande en rien pitié ou compassion. J'aurais tellement aimé vivre comme vous. Le calme. Le silence, pas ce silence factice. Le vrai. Mais on ne m'a pas appris le bruit. On ne m'a pas appris à vivre. Je suis persuadé que tout s'apprend. Alors apprenez-moi. Inventez-moi. Inventez-là, vous, ma vie de demain. Je veux changer. Vivre ; vibrer. Entendre. Ecouter. Apprenez-moi.

 

 

 

 

 

*Qui que vous soyez, je m'adresse à vous. Inventez, écrivez, continuez, faites. Lancez vous ; c'est tout.       

Une sorte d'ode pour une histoire sans fin, ou juste un dialogue. Parlez moi de musique, de vous, d'elle ou de lui. Parlez moi d'Adrien, Matthieu, Augustin. Recollez les morceaux, faites ce que vous voulez, mais proposez moi quelque chose, même si les mots vous échappent. Même si vous n'avez jamais essayé, osé ; c'est le moment.

Léa

Vos commentaires

1 Le Lundi 19 Mai 2008 à 15:47 GMT+2, par franck

je ressens souvent ce besoin de crier très fort ce que je vis tous les jours.
heureusement je peux le faire par la photo...
;-)

2 Le Mardi 20 Mai 2008 à 19:14 GMT+2, par truffe

je ressens souvent ce besoin de photographier ce que je vis tous les jours.
heureusement je peux le faire par le cri...
;-)

3 Le Mardi 20 Mai 2008 à 19:49 GMT+2, par truffe rentrée-sortie rebondie

il ressent souvent ce besoin de critiquer ce qu'il voit tous les jours.
heureusement il peut le faire par l'écrit...
;-)

4 Le Mercredi 21 Mai 2008 à 11:07 GMT+2, par truffe groin pif

je ressens souvent ce besoin de m'amuser de ce que je vois tous les jours.
heureusement je peux le faire ici...
;-)

5 Le Mercredi 21 Mai 2008 à 21:19 GMT+2, par anaïs

aaa mais quelle bande de petits plaisantins ceux-là alors !
^^

6 Le Mardi 27 Mai 2008 à 22:22 GMT+2, par leslie

Je ressens chaque jour le besoin de dire à tout le monde que je l'aime fort. pour faire plus stile comme franck-truffe-groin, heureusement que je peux le faire.

Pour ma lùlùte : tu n'as pas confiance en toi petit prout, mais moi je l'ai. La confiance en toi. T'aime

7 Le Jeudi 5 Juin 2008 à 13:44 GMT+2, par Nathalie

Bon voyage Anaïs et bravo pour cette initiative de découvrir la Terre, la Nature ! Nous penserons tous à toi.
Nathalie

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