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Le jeune homme du billard

   

 

 

  Elle avançait dans la rue, ne se souciant de rien. Elle regardait sur la droite les magasins, déserts. Quelques personnes avaient osé sortir dans ce grand froid, pour de voir une dernière fois de l‘année la tour Eiffel scintiller.

            Elle tourna brusquement sur sa droite et marcha jusqu'au restaurant chinois. Elle appuya son doigt sur la sonnette à côté de la porte verte du numéro 26. Une voix de fille lui répondit. Elle attendit.

            La porte verte s'ouvrit pour laisser apparaître une jeune femme tout sourire qui s'élança vers elle pour lui coller un gros baiser sur sa joue. Elle se parlaient comme deux vieilles amies, à propos de la pluie et du beau temps, des derniers amours, de la santé des parents et montaient les escaliers. Quand elles furent arrivées au troisième étage, la jeune femme se dirigea vers une porte blanche où une couronne de fleurs était accrochée sur la poignée dorée. La jeune femme la tourna et la porte s'ouvrit dans un grand fracas de musique. Une farandole de personnes qui chantaient, dansaient et sautaient en même temps passèrent devant elles. La jeune femme la laissa et s'en alla vers la cuisine.

            Elle alla s'asseoir sur le canapé. Elle vit les autres rire et son sourire s'en alla. Ce soir elle se sentait triste, elle se trouvait seule, elle ne voulait pas faire la fête. Elle était déprimée, sa solitude l'accaparait. Si elle n'avait pas promis à son amie de venir elle aurait passé la soirée dans un bar, à boire de la vodka.

            Sur le canapé il y avait un jeune homme qui regardait d'un oeil vitreux autour de lui. Il semblait perdu. Il semblait comme elle. Il lui plut. Elle essaya d'engager la conversation en lui parlant de rien. Le jeune homme fuyait son regard et répondait brièvement. Elle lui proposa d'aller faire un tour. Il finit par accepter.

            Ils marchaient. Ils ne parlaient pas. Elle était triste. Elle ne savait pas quoi dire. Il ne disait toujours rien. Une larme roula sur sa joue. Il s'en aperçut, et ne dit rien. Lorsqu'ils furent arrivés devant un café, il la mena à l'intérieur et lui proposa un billard. Ils descendirent les escaliers et restèrent toute la nuit autour des petites boules roulant sur la grande table verte. Elle l'observait. Ils se parlaient. Il souriait. Elle finit par rire.

 

-

 

            Elle se réveilla, habillée comme la veille, dans un lit qu'elle ne connaissait pas. La jeune femme de l'appartement à la porte blanche rentra dans la pièce et lui donna une tasse chaude en lui souriant. Elle lui demanda ce qu'elle faisait là et si elle savait où était le jeune homme du billard. La jeune femme fronça les sourcils, elle ne savait rien et lui certifiait avoir passé la soirée ensemble dans son appartement à faire la fête et à se souhaiter bonne année avec d‘autres amis.

 

-

 

            Très souvent elle repense à lui. Elle se rappelle cette soirée troublante avec cet homme inconnu. Parfois elle lui donne un nom. Elle s'imagine lui ouvrir la porte et lui parler, sortir voir une expo et manger une crêpe au chocolat. Dans les soirées, elle s'assoit toujours dans le canapé et s'attend à le trouver, regardant autour de lui avec son regard vitreux. Elle s'imagine l'observer toute la soirée comme un fantôme qu'on ne voit pas. Elle s'imagine ses yeux bruns et ses cheveux ni courts ni longs, elle revoit ses mains sur la boule de billard, et revoit ses chaussures qui descendent l'escalier, elle sent encore cette odeur de tabac. Il lui arrive de se souvenir d'un détail, une boule qui atteint un coin de la table, lui, qui la ramasse et la remet sur la table, sa main qui pousse son espèce de baguette de bois, des paroles qu'il aurait prononcées, un rire qu'il aurait fait. Elle se l'imagine encore et encore, quelques fois elle passe des heures assise sur une chaise à observer son souvenir, elle sourit toute seule dans la rue lorsqu‘elle voit un billard, puis elle se met à pleurer, elle repasse souvent devant ce fameux café de cette soirée, et elle refait le parcours , les escaliers, la petite salle, et souvent elle croit le revoir, lui, seul et le regard ailleurs, mais elle ne le voit pas.

 

 

photo & texte : Leslie                                         (touuuuum ♥  HUSHPUPPIES )

 

   La qualité de la photo n'est certes pas extra, mais c'est l'émotion qu'elle dégage qui est importante. Et puis surtout, elle colle tellement bien avec l'atmosphère du texte...

 

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Léger travers.


Je n'aurai jamais cru pouvoir en arriver là.

C'est vrai, j'étais prometteur.
Certains naissent albinos, d'autres dépressifs, moi j'étais prometteur. Un sourire trop blanc, un caractère trop optimiste, des amis trop gentils. Je faisais le bonheur sur mon chemin, celui de mes parents surtout ; ramener des résultats dignes d'un prix nobel sans vraiment travailler, cela s'annonçait bien, j'avais tout pour réussir. J'étais ambitieux, aussi, oui, adolescent et déjà les dents longues. Chemin tout tracé, Sciences-Po-ENA-Nymphos-Vodka, j'allais pénétrer les médias et tout un tas de jolies donzelles, a peine majeur sexuellement et je remplissais déjà mes stocks de capotes.

Je ne saurais sans doute même pas vous expliquer pourquoi je suis ici. A qui attribuer la faute ? A cette fille, peut-être, si l'on peut appeler ça comme ça, cette sirène, Satanas et Gabriel à la fois, sous des airs de Brigitte Bardo, c'était tellement drôlatique de me faire surprendre par une personne de la sorte.

Je souriais tellement blanc que mes zygomatiques ont lâchés, un caractère tellement optimiste que j'envisageais la déchéance de manière parfaitement enjouée, des amis tellement gentils qu'ils m'aidaient volontiers dans cette course vers le néant.

 

Aujourd'hui, je fais le constat sans même une once de regret, de faiblesse.

Je passe pour fou aux yeux des gens ; tout seul dans ma chambre de motel, dans l'obscurité même en plein jour. Regarder sans être vu, mais surtout, le noir en cocon. Ma seule façon de m'en sortir : m'identifier à Meursault, l'Etranger, d'Albert Camus. Seul objectif : atteindre sa nonchalance, son absolu incroyable, regarder la mort comme un événement de plus, qui, en mettant un terme à ma vie éphémère, ne bouleversera pas tant l'ordre des choses, ces choses vraies, l'atome et l'univers, la force gravitationnelle, tout ça continuera à vivre sans moi, me survivra.

Mon cas n'est pas exceptionnel, je ne demande pas la pitié ni la solidarité, retenons simplement mon cas comme un exemple ; un exemple de la vanité de l'homme, qu'il est possible de se désagréger en souriant, possible de dominer le monde en dépression.

Laissez vos yeux se poser un instant sur ce coin d'ombre, laissez le s'habituer à l'obscurité, et, croyez-moi, voyez-moi et vous y verrez plus clair.

 


Photo : Léa

Texte : Florentin        <= Merci, pour ce petit bout de toi ici ! =)

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J'ai pas trop la tête à ça .



trés jolie photo je trouve . Prise par monsieur... mirage ?
Les couleurs sont forcées mais j'aime beaucoup ! enfin sinon, très bonne journée passée avec vous deux .

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